Média

Circoncision religieuse: s’interroger au lieu d’interdire

22 novembre 2016

Le Journal de médecine légale a publié un avis de la Commission d’éthique de l’Hôpital Riviera-Chablais.

Comment un médecin doit-il répondre à la demande de parents demandant une circoncision religieuse pour leur enfant? C’est la question posée par un médecin à la Commission d’éthique de l’Hôpital Riviera-Chablais. L’organe a rendu un avis en 2015 sur le sujet, qui privilégie le questionnement à l’interdiction. Le journal de médecine légale publie cet avis dans sa dernière édition de novembre 2016.

Consciente de la complexité du sujet, la commission refuse de limiter la réflexion sur la circoncision «aux seules indications médicales » de cette pratique et « de renvoyer à l’illégalité toutes les demandes religieuses », comme il a par exemple été décidé par un tribunal allemand en 2012. Elle élargit plutôt la réflexion à la diversité des « demandes d’interventions médicales sur le corps », dont les aspects sociaux priment parfois sur les indications médicales. De plus, elle propose de prendre en compte le caractère « social ou socialisant des demandes religieuses ».

Cette approche a l’avantage, selon la commission, de ne pas se focaliser sur la nature religieuse de la circoncision. En effet, lit-on dans l’avis publié, « les principaux questionnements éthiques qui surgissent lorsqu’on aborde ce thème peuvent s’appliquer à d’autres interventions  médico-chirurgicales ». Les auteurs du texte mentionnent ainsi des opérations réalisées davantage pour des raisons « sociales » que médicales, qui visent à marquer l’appartenance à un groupe, ou à se rapprocher des « normes » corporelles ou physiques de l’époque. La suppression d’un sixième doigt ou le recollage des oreilles décollés, voire les interventions liées à l’ «intersexualité », font partie des cas pris en considération par la commission. Cas qui sont ensuite analysés à l’aide des principes de l’éthique biomédicale tels que l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice.

Compte tenu de l’analyse et de la réflexion éthique, la commission est arrivée à la conclusion qu’il valait mieux renoncer à émettre des recommandations spécifiques « pour » ou « contre » la pratique de la circoncision. Elle encourage en revanche les équipes médico-soignantes à se poser toute une série de questions avant d’accepter ou refuser une demande de circoncision religieuse et à considérer chaque situation selon les spécificités qui la caractérisent.